Le Chapitre 4 de cet ouvrage sous-titré « Apprendre autrement à l’ère de l’IA » propose 14 commandements pour l’étudiant à l’ère de l’IA. Les auteurs – un entrepreneur tech qui a financièrement réussi et un professeur d’université – y rassemblent sur vingt pages percutantes ce qu’ils répètent à longueur de conférence à celles et ceux qui leur demandent comment se préparer pour l’avenir.

Ce chapitre 4 à lui seul justifie l’achat du livre et j’en recommande la lecture. Il se trouve aux pages 223 à 254 de l’édition papier chez Buchet Chastel. Je note ici quelques extraits dont je décide de me souvenir. S’ils vous intriguent, lisez le chapitre complet dans le livre pour aller plus loin.

  • Apprenez à dialoguer avec les machines. « Nous entrons dans l’ère du prompt engineering qui est un art aussi essentiel à notre époque que le latin l’était à la Renaissance. » « Aussi, le futur appartient aux formulateurs. Ceux qui savent poser les bonnes questions à l’IA deviennent les nouveaux lettrés, les nouveaux dominants. Ils ne détiennent pas le savoir, ils le convoquent. »
  • Apprenez à apprendre. « Dans un monde où les savoirs se périment à grande vitesse, la compétence ultime n’est plus de tout savoir, mais de savoir apprendre vite, bien et pour longtemps. » « Cultivez la concentration. À l’ère des notifications et des sollicitations constantes, l’attention est une superpuissance. »
  • N’apprenez pas à coder. « Ce n’est pas parce qu’une technologie est ubiquitaire que tout le monde doit s’y former. A-t-on envisagé que 100% des jeunes deviendraient électriciens en 1895 lorsque l’électricité s’est généralisée ? » « Il est plus crucial de former son esprit critique, ce qui protège de la concurrence par l’IA ».
  • Apprenez en continu, toute la vie. « Le XXIe siècle appartient aux esprits curieux, agiles, insatiables ». « La revanche des autodidactes n’est pas une invitation à l’ignorance. Ce n’est pas une apologie du décrochage, c’est une redéfinition du savoir utile. » « Pour apprendre, on n’a rien trouvé de mieux que les livres. »
  • Refusez l’abdication cognitive. « C’est faire le choix d’un esprit vivant, actif, exigeant. Ce n’est pas être le plus intelligent dans la pièce, c’est être celui qui reste en mouvement mental. Qui doute, mais cherche. Qui admet son ignorance, mais la combat. Qui lit lentement, mais jusqu’au bout. Qui n’a pas peur des mots complexes, des raisonnements subtils, des idées contraires. »
  • Apprenez l’histoire. « À travers elle, nous désignons en fait cette culture générale aux contours si larges et insaisissables qu’elle peut parfois décourager ». « La culture générale n’est ni un luxe ni un ornement. C’est une armure intellectuelle. C’est ce qui empêche de se faire manipuler par des discours brillants mais creux, des raisonnements spécieux, des modèles opaques. »
  • Combattez la démoralisation cognitive. « Il est tentant de passer en mode passif, renoncer. Se dire : à quoi bon ? Pourquoi s’épuiser à comprendre quand l’IA résume mieux que nous, code plus vite, rédige avec plus de style, traduit sans erreur, calcule instantanément. » « Ne cherchez pas à rivaliser avec ce qu’elle fait mieux : apprenez à l’utiliser comme un levier. Devenez chef d’orchestre de vos outils. Pas exécutant de leurs suggestions. » « Rester humain quant tout devient surhumain. Quand l’IA sera plus rapide, plus claire plus logique, il nous restera la fragilité, la nuance, l’humour, la chaleur. Le monde de demain aura besoin de personnes capables de dialoguer avec des entités plus intelligentes qu’elles, sans haine, sans complexe, mais avec profondeur. »
  • Curatocratie : gérer le tsunami du spam intellectuel. « Autrefois, il fallait des années pour écrire Homo Deus. Dans quelques années, dix mille livres brillants naîtront chaque seconde. Tous bien charpentés. Tous bien écrits. Tous pertinents. Aucun ne sera lu. Bienvenue dans l’ère du bruit intelligent. » « Savoir quoi ne pas lire, quoi ignorer, quoi éteindre. Le nouvel aristocrate n’est plus celui qui pense, mais celui qui trie ». « Demain le problème sera de ne pas mourir d’indigestion dans l’orgie permanente de savoir qui s’offrira ». « Demain le défi ne sera pas d’avoir raison. Tout le monde aura raison. Le défi sera d’exister au milieu de milliards de raisons concurrentes. »
  • Réglez votre IA en mode Jiminy Cricket. « L’IA est un amplificateur. Elle renforce ce que vous êtes déjà. Si vous êtes curieux, elle démultipliera votre soif d’apprendre. Si vous êtes passif, elle organisera votre régression avec une efficacité parfaite. » « Allons-nous paramétrer cette IA comme un miroir flatteur ? Un courtisan obséquieux ? une machine à confort ? Un distributeur de dopamine ? Ou oserons-nous, plus difficilement, lui demander de jouer le rôle de notre conscience éducative ? » « Ce choix, aucun État de le fera pour vous. Aucun algorithme ne l’imposera. Et ce sera la vraie ligne de fracture du XXIe siècle. »
  • Visez la compétence, pas le diplôme. « Créer, tester, publier : voilà la trilogie du jeune au XXIe siècle. » « Vous voulez apprendre à coder ? Lancez un site. À écrire ? Publiez une newsletter. À filmer ? Montez une vidéo et postez-la. L’échec ne sera pas sanctionné, il sera instructif. Le progrès ne viendra pas d’une note, mais d’un feedback du réel. » « Votre vrai CV, le seul qui importe, ce sont les traves que vous laissez de votre travail qu’une simple recherche sur Internet permettra de lister. Cela exige un changement de posture : l’exposition volontaire. »
  • Utilisez les meilleures ressources du monde. « Ce que seuls les étudiants des meilleures universités américaines pouvaient autrefois apprendre dans des amphithéâtres feutrés est désormais à portée de clic, souvent gratuitement. » « Il y a au moins une bonne, quoique redoutable, nouvelle dans cette époque : la seule barrière désormais, ce n’est plus l’argent, ni le réseau, ni même le diplôme. C’est votre discipline personnelle. »
  • Travaillez votre réseau. « Commencez jeune. Rencontrez, échangez, posez des questions. Cherchez activement les personnes qui savent plus que vous, qui travaillent dans des secteurs qui vous intriguent, qui ont cinq ans ou vingt ans d’avance sur vous. Demandez-leur de prendre un café, un quart d’heure au téléphone. Envoyez un message sincère, court, direct. Vous serez surpris du taux de réponse surtout si vous ne demandez rien d’autre que des conseils. »
  • Trouvez un mentor ou un modèle. « Dansun monde saturé d’informations, ce dont vous avez besoin, ce n’est pas d’un énième tuto ou d’un autre conseil générique. C’est d’un cap. » « Commencez par observer ceux qui incarnent ce que vous voulez devenir. » « Et quand vous aurez l’impression d’avoir suffisamment été nourri de lui, choisissez-en un autre. Et recommencez. »
  • Restez incarné. « Le risque majeur de votre génération n’est pas l’échec scolaire ni même le chômage. C’est la désincarnation. » « Le monde numérique vous fait croire qu’on peut tout faire sans sortir de sa chambre. Ce n’est pas vrai. De grandes choses se font dehors. » « Ceux qui resteront incarnés auront un avantage décisif : ils sauront encore créer du lien, porter une vision, entraîner les autres. Et rien de tout cela ne sera jamais téléchargeable. »

Au-delà de ces pages 223 à 254 de l’édition papier chez Buchet-Chastel, on pourra aussi s’intéresser au chapitre d’après : Le Manifeste des nouveaux droits de l’étudiant. Dans l’ensemble, il suggère indirectement à l’Éducation Nationale de mettre à la disposition des étudiants français une IA gratuite et réalisée avec soin qui se veuille idéologiquement neutre et qui permette à tous les étudiants de se trouver à égalité. Les auteurs craignent en effet qu’une barrière ne se crée entre ceux qui ont accès à une bonne IA haut de gamme et ceux qui doivent se contenter d’une version biaisée. Idéalement cette IA doit garantir la confidentialité du processus d’apprentissage, pour ne pas pénaliser les échecs. Et elle doit permettre un droit à l’oubli : on change quand on apprend et nos erreurs passées ne doivent pas nous définir. Enfin, elle doit permettre la portabilité du paramétrage vers d’autres IA pour ne pas nous enfermer dans un écosystème.

La proposition est un peu plus subtile que la synthèse ci-dessus. Pour les détails… lisez le livre. Si possible entre les pages 223 et 273. Le reste de l’ouvrage a tendance à

  • citer trop souvent Elon Musk, Sam Altman et les autres prophètes de la Silicon Valley qui promettent monts et merveilles parce que c’est leur métier, parce que cela soutient les valorisations de leurs actions, parce que c’est la mode et parfois parce qu’ils y croient honnêtement.
  • annoncer des chamboulements majeurs pour 2030, oubliant un peu vite le précepte rappelé par Bill Gates à la fin de The Road Ahead : nous avons tendance à surestimer les changements dans les 2 prochaines années et à sous-estimer les changements dans les 20 prochaines années. Il est à peu près certain que ce que les auteurs annoncent ne se passera pas en 2030. Parce que nous sommes déjà en 2026 quand j’écris ces lignes et que le monde ne change pas (beaucoup) en 4 ans. En revanche, une partie pourrait se réaliser d’ici 2045. Parce que quand je compare 1985, 2005 et 2025 – pour prendre 3 dates pour lesquelles je dispose d’une expérience de première main – on change en effet drastiquement d’époque à chaque fois.
  • porter pas mal d’affirmations glissantes quant au passé, au monde actuel et à la France qui contredit quelque peu le commandement « Apprenez l’histoire » proposé dans la liste précédente qui contredit l’ouvrage.

Bref, un grand merci aux auteurs pour l’intéressante liste de commandements. Notamment celui quant à la « Curatocratie » qui ne peut que me toucher. Le reste est parfois percutant derrière la provocation, mais trop d’affirmations hasardeuses diluent la pertinence.

Pour autant, comme le rappelle l’adage généralement attribué à Pierre Dac (mais probablement apocryphe) : « Les prévisions sont difficiles. Surtout lorsqu’elles concernent l’avenir. »


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