Comment bien définir ses objectifs et ceux de ses équipes ? Si vous êtes déjà familier avec les concepts d’OKR, de “Why” et de SMART… Est-ce suffisant ou pourriez-vous aller un cran plus loin ?

L’édition de décembre 2022 de ESSEC Reflets Magazine (disponible ici) consacrée à la transition écologique publie sous forme d’article un passage du Guide du Manager (disponible ici) aux éditions Curatus. La recommandation pour aller plus loin ? Définir des objectifs…

  • Visuels.
  • Directs.
  • Vertueux.
  • Nombreux.
  • Binaires.
  • Compris.

Bonne lecture et bonne inspiration pour 2023 !

(l’article ci-dessous en texte ou mis en page en pdf)


Choisir des objectifs terre à terre

Comment définir les objectifs de votre équipe ? Les aficionados de la méthode OKR savent qu’elle propose de les décliner en Key Results. N’hésitez pas à lire le chapitre afférant dans l’excellent High Output Management d’Andy Grove, l’ex-PDG d’Intel. Le concept date de ce classique du management nord-américain publié en 1983.

Pour y réfléchir à vos objectifs, vous avez peut-être fait visionner à vos collègues l’excellente vidéo TED Start with Why de Simon Sinek. La version éditée en cinq minutes est remarquable. Et vous leur avez probablement demandé de décliner ces objectifs en indicateurs SMART : Specific, Measurable, Actionable, Relevant, Time bound. Si SMART vous est inconnu, prenez cinq autres minutes pour passer sur Internet. Beaucoup d’articles l’expliquent très bien.

Tout cela suffit-il ? Dans mon expérience : non. Après des centaines de discussions avec autant d’équipes différentes, voici quelques critères additionnels pour vos réflexions : Visuels. Directs. Vertueux. Nombreux. Binaires. Compris.

Visuels

« Je ne crois que ce que je vois. », Saint Thomas

Nous cherchons collectivement à sauver le climat en réduisant des tonnes de CO2. Est-ce un bon indicateur ? Qui sait ce que représente une tonne de CO2 ? Comme c’est un gaz, il s’agit d’une masse et pas d’un poids. Parler en mètres cubes serait-il plus parlant ? Pas de chance ! le volume dépend de l’altitude et de la température. Le connaissez-vous au niveau de la mer et à 25°c ? Prenez une minute pour vous renseigner !

Suggestion : choisissez des indicateurs visuels et parlants. Beaucoup de vos collègues aiment compter les points. Tout le monde n’apprécie pas les concepts abstraits. Les adeptes de Saint Thomas sont légion et ont souvent raison. Bref, restez simples, visuels et… terre à terre.

Directs

“The only statistics you can trust are the ones you have falsified yourself”
Attribué à Winston Churchill

L’indicateur de mesure est-il un ratio ? Les pourcentages et résultats de divisions me sont systématiquement suspects. Les calculs sont parfois erronés, les valeurs absolues sont presque toujours omises et le dénominateur est une source de confusion quant à sa définition.

Un objectif de qualité de l’air comme 11 microgrammes de particules PM2,5 par mètre cube est direct à défaut d’être visuel : on peut compter les microgrammes. Le taux d’humidité de l’air est plus abscons : il dépend de la température ambiante. Les parts de marché sont un autre exemple de ratio douteux : le dénominateur (le marché) cache souvent des définitions et des hypothèses très discutables.

Suggestion : évitez les ratios ou suivez séparément le numérateur et le dénominateur ; et faites la division vous-même ! Vous éviterez de mauvaises surprises.

Vertueux

« When a measure becomes a target, it ceases to be a good measure. »
attribué à Charles Goodhart

Presque tous les indicateurs ont un optimum à partir duquel ils sont nuisibles. Viser 100% d’énergie renouvelable conduirait à une dépendance à quelques technologies. Viser 100% de part de marché vous amènerait dans le collimateur de l’autorité de la concurrence. Quid de vos mesures ? A quel moment peuvent-elles se retourner contre vous ?

Un indicateur qui devient un objectif, par exemple parce qu’une prime financière en dépend, peut même conduire à des détournements. Pensez au scandale du « dieselgate » : des professionnels consciencieux et compétents se sont retrouvés à organiser la falsification à grande échelle des calculs d’émission de NOx et de CO2 de leurs véhicules. Êtes-vous à l’abri ?

Suggestion : anticipez les limites et dangers de vos objectifs. Même les meilleurs tombent dans des pièges.

Nombreux

“There is no silver bullet,” sagesse populaire

Ajouter un indicateur permet d’équilibrer un objectif pernicieux s’il est poussé trop loin. Pour un sportif, l’objectif est la performance, par exemple gagner le match. Oui, mais tout en préservant sa santé et en limitant les risques de blessure. De même, une entreprise qui chercherait uniquement une forte profitabilité à court terme se mettrait en danger pour le futur.

Tout ramener à 2 degrés de plus maximum en 2050 permet de simplifier les messages. Cela passe aussi sous silence beaucoup de la complexité du sujet. Est-ce une bonne idée ?

Suggestion : multipliez les objectifs ! Le monde est rarement simple. Et s’il l’était, on n’aurait pas besoin de vous…

Binaires

“Everything that can be counted does not necessarily count;
everything that counts cannot necessarily be counted.,” attribué à Albert Einstein

Que le Gulf Stream ne change pas de sens ! Voici qui peut paraitre un objectif flou. Nous pourrions le traduire en nombre de degrés Celsius, en mètres cubes par seconde et en kilomètres de côtes concernés. Ce serait plus mesurable, mais nous risquerions justement de perdre l’objectif.

Il m’est arrivé de dire à une équipe de R&D : « il faut un prix accessible et que le client achète ! ». Ils m’ont demandé de décrire cela en chiffres ; j’ai répété l’injonction. A la fin, le client est juge et ni vous ni moi ne sommes vraiment le client. L’équipe aurait préféré des mesures précises, mais tout ne se met pas en équation.

Suggestion : gardez en tête le jugement derrière le chiffre. Il va falloir placer la limite entre « bien » et « mal ». Et c’est subjectif…

Compris

“Rien arête une idée dont le temps est venu”, attribué à Victor Hugo

Coconstruit, accepté, communiqué et discuté. Voici quatre manières de comprendre le mot « compris ». Toutes les études montrent que l’on s’approprie mieux un objectif quand on a participé à le définir. C’est plus long, mais plus efficace. Cela participera à ce qu’il soit accepté. Personne n’est performant à réaliser ce qu’il ne veut pas. Communiquer permet de s’engager et de rappeler où l’on en est du score. Quant à la discussion, elle amène des idées nouvelles et garde l’objectif à l’esprit. Evident ? Certes, mais peu souvent mis en place.

Suggestion : prenez le temps de la discussion et prenez des engagements publics. Cela aide !

PS : Ah ! J’allais oublier : définissez des objectifs ambitieux ! Les atteindre est presque toujours plus facile : cela rend tout plus intéressant et force à réfléchir différemment. Bonne route !